COLLECTIF ÉTUDIANT
sous la direction
de Madeleine Gagnon




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Biographies



Je suis…
Héloïse (1101-1164)


" Tous les deux réunis jadis par l'étude, par l'esprit, par l'amour, par des noeuds infortunés et par le repentir. "


Voilà les mots gravés sur notre épitaphe car c'est dans la mort que je suis réunie à Abélard, mon célèbre amoureux. Qui suis-je? Je suis Héloïse, née en 1101 à Paris. Dès mon jeune âge, mon oncle Fulbert, chanoine depuis plusieurs années, me prend sous son aile et ne néglige absolument rien lorsqu'il est question de mon éducation, car étant donné l'abandon de mes parents, il affectionne mon bien-être. (À peine âgée de 17 ans et Pierre Abélard de 35 ans, est un des maîtres de la pensée européenne à cette époque marquante de la Renaissance.) C'est à l'école du Cloître au nord de Notre-Dame, qu'il réunit l'élite des étudiants autour de sa chaire de théologie et que je le visite pour la première fois dans son milieu de travail. Jeune, beau et célèbre, il n'a jamais eu le temps de songer à l'amour, Dès le premier instant où il croise mon regard il tombe littéralement sous mon charme. Sous prétexte de vouloir m'instruire, il réussit à obtenir l'autorisation de mon oncle pour habiter quotidiennement dans notre demeure. Serons- nous capables de résister l'un à l'autre pendant encore longtemps?


Excessivement fort de son charisme, il réussit rapidement à m'émouvoir et je tombe amoureuse de cet être qui est si cher à mes yeux. Nos études sont vite oubliées, car nos nuits sont torrides et épuisantes, mais l'amour se propage dans nos veines à une vitesse incroyable. C'est durant un de ces moments mémorables que nous concevons un enfant. Quelques mois plus tard, mon tuteur découvre ce qui s'est produit sous son toit, et Abélard est poussé à m'enlever nuitamment pour me conduire chez lui dans sa maison en Bretagne et où je mets au monde un fils qui reçoit le nom d'Astrolabe. Pour apaiser la fureur de Fulbert, Abélard lui propose un mariage discret pour ne pas saccager sa carrière de théologien qui est en plein essor. Suite au mariage, mon oncle ne respecte absolument pas sa promesse de ne pas ébruiter la nouvelle. Alors, Abélard me confie aux religieuses d' Argenteuil, mais Fulbert est fou de rage et il corrompt quelques serviteurs à prix d'or pour ainsi exercer sur Abélard le pire des massacres: la castration. Après cette violation, mon époux est déclaré moine à l'abbaye de Saint-Denis, cependant il exige de moi de faire de même pour le restant de mes jours. À mon tour, je deviens abbesse au Couvent d'Argenteuil. Dix ans plus tard, les religieuses et moi-même sommes expulsées à cause de revendications. Alors, Abélard me fit don du Paraclet, endroit qu'il avait entièrement construit, où je demeure abbesse jusqu'à ma mort. Nous nous écrivons à plusieurs reprises, cependant nos lettres sont de plus en plus enflammées et le fossé qui nous sépare nous semble impossible à combler. Seuls nos écrits peuvent nous unir de nouveau et ce lien nous est nécessaire pour survivre dans ce monde cruel. Pierre Abélard meurt en 1142 et je le rejoins vingt ans plus tard en 1162. La légende veut que lorsqu'il me déposa dans le même tombeau que mon tendre époux, Abélard ouvrit les bras pour m'accueillir.


Pour poursuivre la palpitante histoire de ma vie, je ne peux pas passer sous silence mes quelques et les nombreuses oeuvres de mon époux. Elles se divisent en trois catégories distinctes. Abélard sait différencier la dialectique, qui concerne plus précisément les arts du langage, la linguistique et le mental. Il nous en fait donc part dans certains de ses textes ayant pour titre le Sic et le nun, ouvrage dans lequel s'installe une méthode d'interprétation très intéressante qui est reprise par Thomas d'Aquin plusieurs années après la parution en public de ce travail. Ce manuscrit comporte différentes visions que peut avoir un être humain face aux autorités, en mettant en évidence une façon d'analyser qui se fait plus critique pour la société dans laquelle nous vivons, c'est-à-dire vers les années 1120-1122. Suite à ce récit, un traité de morale, Scito te ipsum est publié, ce qui apporte aux gens de cette époque, une référence à prendre en considération lors de questionnements entre la moralité dans les profondeurs intentionnelles du sujet, et les objets dits bons ou mauvais. Nombreux sont les autres chefs-d'oeuvre de ma tendre moitié. Notre correspondance est toujours rédigée en latin et elle mélange agréablement les questions spirituelles et les souvenirs d'amour.


Bienfaisante est le mot que je peux employer lorsque je fais mention de notre correspondance qui est pour moi une délivrance et un cri de détresse pour la femme que je suis. Beaucoup de temps s'est écoulé entre notre premier échange d'écrits et le moment où nous sommes entrés en religion, mais une fraction de seconde fut nécessaire pour raviver la flamme qui ne s'est jamais éteinte. Ainsi, jusqu'à notre mort, une chose nous reliait directement à l'amour et nos lettres remplissaient grandement ce besoin que nos sens exigeaient. Cependant, dans ce monde privé de bon sens, de nombreux hommes jaloux de notre bonheur ont contesté l'authenticité de notre liaison par écrit sans raison précise, ce qui ne nous a pas fait ralentir notre cadence d'écriture. Encore aujourd'hui, ces documents rédigés d'une façon unique, bousculent la catégorie si ambiguë de " Moyen-Âge " et manifestent, au temps de la littérature courtoise, l'éveil de la conscience aux problèmes que l'amour peut apporter aux êtres humains de tous les âges.

Marie-Pierre Tremblay

Bibliographie

  • GRIMAL, Pierre, Dictionnaire des biographies. Paris, Presses universitaires de France, 1958.
  • L'encyclopédie AZ. Édition Atlas.
  • MARSEILLE, Jacques, Les grands événements de l'histoire des femmes. Paris, Larousse, 1993.


Je suis…
David Hume (1711-1776)


Je suis David Hume et je suis né le 26 août 1711 à Édimbourg, où mon père exerce la profession d'avocat. Mon père meurt, laissant dans le deuil ma soeur Katherine, mon frère John, ma mère et moi, alors âgé de 3 ans. J'ai grandi dans le Berwickshire où mon oncle, Révérend, suscite mon antipathie envers le christianisme. Ensuite, j'étudie à Édimbourg, où je me fais administrer la piqûre de la philosophie, à l'âge de Il ans. Je touche au commerce à Bristol, jusqu'à ce que je ne puisse plus résister à la vocation de philosophe. J'ai peu de succès avec le Traité de la nature humaine, mais je commence à me faire connaître par d'autres oeuvres. Je deviens secrétaire particulier du général St-Clair avant d'être le secrétaire général de l'Ambassade anglaise, à Paris. Je gagne le respect des encyclopédistes et des gentes dames françaises, avant de retourner dans mon pays d'origine. J'inquiète mes pairs écossais, car je suis considéré comme un grand philosophe à Paris, mais je n'attire pas l'attention des anglais qui me considère comme un vulgaire écossais surtout lorsque je publie mes essais contre la superstition et le fanatisme religieux. Je m'éteins le 25 août 1776, à l'âge de 64 ans, après avoir réduit le fanatisme religieux de l'Europe de l'Ouest. J'ai passé ma vie seul, je ne laisse donc personne dans le deuil à part une certaine comtesse française qui est tombée amoureuse de moi...


J'ai vécu pendant le 18ème siècle, une époque dirigée par l'Église Catholique Romaine. Je publie pendant cette période plusieurs écrits. Pendant toute ma vie en tant que philosophe, je crée un mouvement anti-religieux autour des gens que je côtoie (principalement la haute société française et quelques philosophes peu connus) et aussi ceux avec qui j'entretiens des liens amicaux, mais à distance. Je ne connais pas de succès auprès des femmes en tant qu'amoureux à cause de mon obésité et mon allure, décrite par certaines femmes, d'écossais laid et grotesque. Ma vie personnelle est peu plaisante jusqu'au moment où je commence à me faire connaître. C'est à ce moment que je passe d'écossais laid et grotesque à écossais obèse et drôle. Ma vie se termine en tant que philosophe n'ayant jamais connu l'amour...


Le Traité de la nature humaine que j'ai écrit est le moins connu immédiatement après sa publication, mais le plus connu par la suite. Cet écrit permet de découvrir ma philosophie et mon idéologie en général. Je fais partie du mouvement empiriste du 18ème siècle. L'empirisme est un courant d'idées qui se base sur l'expérience à priori pour déterminer les principes et les valeurs. J'ai bâti ma philosophie autour du radicalisme de Locke et Berkeley, lequel se veut être un mouvement anti-religieux. Ma théorie se base sur le fait que l'être humain puise dans l'histoire l'expérience de ses ancêtres pour éviter de répéter les erreurs commises.


Nous apprenons de nos erreurs et nous nous servons de nos expériences pour évoluer. Plusieurs de mes écrits en témoignent: Le Traité de la nature humaine en 1740; Essais moraux et politiques (1741); Enquête sur l'entendement humain (1748),. Enquête sur les principes de la morale (1751); Les quatre dissertations; Essais sur l'immortalité de l'âme; Essais sur la règle du goût; Essais contre la superstition et le fanatisme religieux. En fait, je base mon idéologie sur l'expérience acquise par une génération qui se transmet à une autre, afin de continuer l'évolution de l'humanité. Selon moi, la religion n'a pour effet que de ralentir ce processus, en inculquant aux jeunes gens des méthodes analytiques dépassées.

Nicolas Gauthier

Bibliographie

  • STRATHERN, Paul, Hume je connais, Paris, France, Éditions Mallard, 1996-1998.
  • VERGEZ, André, HUME, Paris, France, Presses universitaires de France, 1969.


Je suis…
Héraclite (540-475 av. J.-C.)


Je suis Héraclite, membre de la famille royale et philosophe pré-socratique. Je suis né en 540 av. J.-C. à Éphèse, ancienne cité grecque de l'Asie mineure, située dans la Turquie actuelle et je suis mort en 475 av. J.-C. Mon système d'idées est tout entier basé sur la notion du flux: tout coule. Ensuite, j'ai développé une théorie que l'on a qualifié de mobilisme. J'affirme que le feu est la source primordiale de la matière et que l'univers entier est en continuel devenir. J'affirme: " La vie est mort et la mort est vie. Chaque contraire s'abolit inlassablement dans son propre contraire, jusqu'à l'embrasement du monde. " Ceci est l'une de mes nombreuses théories.


En raison de ma vie solitaire et de ma philosophie absconse (difficile à comprendre) et misanthropique, on me nomme parfois " Héraclite l'obscur ". Je suis l'un des fondateurs de la métaphysique, même si mes idées proviennent de l'école ionienne de la philosophie grecque. J'affiche un mépris sans borne à l'égard des autres philosophes. En éthique, j'introduis l'analyse sociale des valeurs, estimant que la vertu consiste en l'ordre de l'individu aux lois de l'harmonie universelle. Je suis l'auteur d'un ouvrage en forme de sentences intitulé: " De la nature " et de nombreux fragments de mon oeuvre seront conservés.


Le thème central de mon livre est l'unité de l'homme et de l'univers. En grec, le mot physis signifie à le fois nature et corps. Je peux décrire, dans une fresque grandiose, le cycle des métamorphoses du feu (énergie), de la terre (séismes, volcans) au soleil (lumière) et, du ventre de l'homme (faim, désirs) à sa tête (pensées). Décrire l'univers, c'est détruire les dieux, c'est devenir divin. Ce sacrilège est le thème de ma stratégie. Prométhée enchaîné d'Eschyle, est la version poétique de ma pensée.


Tous les exemplaires de mon livre seront détruits au début de l'ère chrétienne.


Mon questionnement et mes observations empiriques sur le monde lui-même me permettent de poser, au fond de ce monde, l'opposition des contraires, le mouvement universel et le retour perpétuel des choses selon un cycle. Si tout s'oppose, l'amour et la haine, la guerre et la paix, le silence et la parole… Les contraires dans leur opposition même, sont toutefois embrassés par l'unité: sur l'échiquier, les blancs et les noirs jouent la même partie !

Sébastien Langlois


Bibliographie

  • BATTISTINI Yves, Trois Présocratiques, Paris, édition gallimard, 1968.


Je suis…
Niccolo Machiavelli (1469-1527)


Je suis né à Florence, la capitale italienne, le 4 mai 1469 dans une famille de la bonne bourgeoisie. Dès l'âge de 29 ans je m'engage à titre officiel dans la deuxième chancellerie (département des affaires intérieures), au service de la République italienne et ce après avoir complété des études littéraires et juridiques dans ma ville natale. Par la suite, je suis mandaté à titre de Secrétaire du conseil des dix (conseil qui supervise la première et la deuxième chancellerie). C'est moi qui suis alors chargé des négociations extérieures et des opérations militaires. Je remplis plusieurs missions diplomatiques notamment en Italie, en France et en Allemagne où j'ai rencontré des personnes importantes telles le roi de France: Louis XII (1504, 1510-1511), l'empereur germanique Maximilien 1er (1507-1508), le Saint-Siège (1506) et César Borgia, capitaine général de l'Église. Ces expériences diplomatiques me permettent d'étudier les stratégies politiques de différents pays. Je suis par la suite chassé de la République suite au renversement de celle-ci et, du même coup, écarté de la vie politique. On m'emprisonne alors pour conspiration puisque j'ai tenté de renverser le pouvoir en ma faveur. Lors de ma libération, je tente de réintégrer un poste d'importance en politique, mais sans succès. Je me retire alors dans ma propriété où je commence la rédaction de plusieurs livres.


Ma vie s'est déroulée à une époque où plusieurs bouleversements politiques prenaient place après une longue période de prospérité économique et culturelle. En effet, à la fin du XVème siècle, les territoires étaient chaudement disputés. En 1494, le roi de France, Charles VIII, décide de conquérir le royaume de Naples. Il envahit l'Italie (qui occupait Naples à cette époque) et signe un traité avec Florence qui oblige les Médicis à quitter la ville. Par la suite, quelques patries s'allient contre le roi français et il doit se retirer en France. Le pouvoir passe des mains des Français à celles des Habsbourgs maintes fois au cours du XVIe siècle. En 1512, les Médicis font chuter la République et reprennent le pouvoir. C'est à ce moment que j'ai été chassé et emprisonné.


Évidemment, je suis un homme qui a changé bien des choses en politique. Plusieurs grands hommes politiques se sont servis ou se servent encore de ma doctrine politique. Ma stratégie de réussite repose sur l'art de séduire le peuple. Pour cela, il faut d'abord et avant tout bien paraître. Il faut conquérir le peuple et imposer les valeurs de celui-ci, puis une fois que l'on détient le pouvoir, il faut être en mesure de le conserver; Si le mensonge, bien que ce dernier soit pitoyable, est la clé du succès, alors je n'hésiterai pas à mentir au peuple. Je condamnerai par la suite tout ce qui peut se retourner contre moi. Si un groupe de gens croit que je suis quelqu'un de mauvais, il n'y a pas de problème, tant que ce groupe ne représente une masse imposante. Par conséquent, ce groupe de gens " éveillés " ne fera pas le poids face à l'imposante majorité que j'ai su charmer. En ce qui concerne ma stratégie politique, je crois que l'usage calculé de la ruse et de la force face à la faiblesse des autres permet de ménager nos ressources. Cependant, je fais partie de ceux qui croient que l'attentisme et la neutralité sont les pires façons de gouverner. Seule l'offensive paie et permet la conquête.


De tous les livres que j'ai écrits, Le Prince est celui qui a probablement fait le plus parler. J'ai écrit cette oeuvre en 1513 et la première édition fut publiée en Italie en 1532, cinq ans après ma mort. Ce livre traite des techniques à utiliser lorsque l'on gouverne un pays et comment prendre le pouvoir. Certains chapitres abordent les grandes questions d'ordre politique ayant trait à la vie intérieure ou à la politique étrangère de l'État. L'organisation des forces armées est également un sujet d'importance. Les chapitres les plus stupéfiants sont certainement ceux qui parlent du Prince lui-même, et des qualités qu'il doit posséder pour faire face aux affaires publiques. Je considère que dans les actions des hommes, seule la fin est importante, qu'importent les moyens. Par conséquent, il est du devoir du Prince d'être malsain, par exemple en rompant un serment ou en étant cruel, si cette attitude améliore la situation de ce dernier. Si le Prince parvient à maintenir l'État en ordre, les moyens seront toujours jugés honorables et loués par tous. Y aurait-il des politiciennes et des politiciens encore tentés par mes stratégies ?

Matthieu Olivier

Bibliographie

  • BARINCOU, Edmond, Machiavel par lui-même, Paris, Éditions du Seuil, 1962.
  • GUERDAN, René, César Borgia, Paris, Librairie académique Périn, 1974.
  • VEDRINE, Hélène, Machiavel, Paris, Éditions Seghers, 1972.


Je suis…
Karl Marx (1818-1883)


Je me nomme Karl Marx et je suis né le 5 mai 1818 à Trèves en Allemagne. Mon père est issu d'une famille de rabbins, sauf qu'il se convertit au protestantisme une année avant ma naissance, et exerce la profession d'avocat. Dès mon enfance, je me pose des questions sur l'émancipation humaine, et je perçois grandement les aliénations de l'homme. J'étudie donc la philosophie et le droit à Bonn, ainsi qu'à Berlin pour y obtenir mon doctorat en philosophie en 1841. Par la suite, je me marie en 1843 et je pars vers Paris. En 1844, je fais la rencontre de Friedrich Engels qui partage mes convictions politiques et devient donc un ami très proche. Je suis expulsé de Paris par Guizot en 1845, et je pars donc m'installer à Bruxelles. Je participe activement à la Ligue des communistes fondée en 1847. Peu de temps après (1848), je suis de nouveau expulsé et je regagne Paris. En avril de cette même année, je rejoins Cologne (Allemagne) pour y être de nouveau expulsé en 1849, et tout cela à cause de mes activités révolutionnaires qui ne plaisent malheureusement pas à l'État de différents pays. Je m'exile donc en Angleterre pour y passer le reste de mon existence qui se termine le 14 mars 1883. Durant ces dernières années, je vis d'une manière tout à fait monacale, en passant dix heures par jour à la bibliothèque, pour y compléter mes écrits. Ma survie est assurée grâce à la contribution financière d'Engels. De plus, je reprends mes activités militantes en contribuant à la fondation ainsi qu'au développement de la 1ère Internationale des travailleurs fondée en 1864 et dissoute en 1876.


Le contexte dans lequel je vis est celui de l'industrialisation et du capitalisme en puissance. En effet, c'est le temps où l'état contrôle tout, et où les industries ne s'intéressent qu'à une seule et unique chose, posséder plus de capital. Cette recherche du profit amène donc les dirigeants des industries à exploiter ses pauvres ouvriers sans défense. C'est pour cette raison qu'il y a la formation de différentes classes sociales et cela a amené les prolétaires à tenter de faire des révolutions qui ont malheureusement échoué. Par exemple, la Révolution des ouvriers en France dans l'année 1848. Le contexte dans lequel je vis est donc très instable, entre les ouvriers et les capitalistes qui agissent en dictateur.


J'ai passé beaucoup de temps de ma vie a écrire de nombreux articles pour différents journaux de gauche. De plus, j'ai écrit plusieurs livres dont les deux plus importants sont le Manifeste du parti communiste ainsi que le Capital. Premièrement, le Manifeste du parti communiste est mon oeuvre la plus importante et la plus reconnue. Je l'ai rédigée en 1847 avec la précieuse collaboration de Friedrich Engels, pour la publier en 1848. Ce Manifeste est une synthèse de la dialectique hégélienne, du matérialisme issu de Feuerbach, des socialismes français et de l'économie politique anglaise. Ce texte exprime donc une idéologie qui est la première manifestation du " matérialisme historique ". C'est vingt ans plus tard que je publie le premier livre du Capital, après de nombreuses années de recherche en travaillant dix heures par jour à la bibliothèque. Malheureusement, je ne peux pas compléter les autres volumes Il, III et IV avant ma mort. Ils seront donc publiés ultérieurement en étant complétés par Engels et Kautsky à partir de mes notes.


La lutte des classes(premières lignes du " Manifeste du parti communiste " ) est l'idée centrale de ma théorie du marxisme. Le but de ma théorie est qu'il se forme une élimination des classes sociales pour arriver à former une société utopique sans classes. Commençons par définir ce qu'est une classe sociale: c'est un groupe d'hommes ayant une fonction commune dans la société; ils possèdent donc ainsi une mentalité et une conscience communes. Les deux classes en cause dans cette lutte sont les capitalistes versus les prolétaires. Pour engendrer la révolution, les prolétaires devront former le parti du prolétariat pour instaurer la " dictature du prolétariat " et la collectivisation des moyens de production et ainsi faire tomber les capitalistes. Après cette phase, la société accèdera à l'ère du communisme qui fera disparaître du même coup l'État et qui amènera une société sans classes. Cette concrétisation du marxisme donnera donc naissance à un homme nouveau " libre dans une société libre , l'individuel ne s'opposant plus au social ". Une belle utopie???

Rémi Pelletier

Bibliographie

  • L'encyclopédie AZ, volume 9, Éditions Atlas.
  • CALVEZ, Jean-Yves, La pensée de Karl Marx, Paris, France, 1970.
  • PIETTRE, André, Marx et marxisme, Paris, France, 1973.
  • RIAZANOV, D., Karl Marx, homme, penseur et révolutionnaire, Paris, éditions anthropos, 1968.


Je suis…
Simone Monet-Chartrand (1919-1993)


Je suis Québécoise dans l'âme ! je suis née en 1919 à Montréal. J'ai vécu à Beloeil avec mes parents, mes deux frères et mes deux grands-mères. Mon père est un ami et un guide pour moi. Il m'amène partout avec lui et il me présente à tous. C'était rare en 1935 qu'un père sorte sa fille. Il me transmet les valeurs les plus importantes de la vie: d'avoir confiance en moi, une femme est aussi intelligente qu'un homme, une femme peut faire tous les métiers, elle a toutes les possibilités, elle n'a qu'à s'affirmer. Étant une fille de juriste, j'ai appris à argumenter très jeune.


Un jour, on m'a dit que je n'avais pas le droit de vote parce que j'étais une femme. À partir de ce moment là, je suis devenue féministe. Vers l'âge de vingt-deux ans, j'ai rencontré un homme extraordinaire prénommé Michel Chartrand. On a commencé à se parler en allant aux cours, aux concerts... Au début, je l'estime, mais plus le temps avance, plus je deviens amoureuse de cet être généreux. A l'époque on se fie beaucoup aux parents, mais les miens n'étaient pas en accord avec mon idylle. Ils m'ont même envoyé à Chicago pour que j'oublie cette aventure avec Michel. Mais peine perdue, je suis revenue et j'ai fait qu'à ma tête. J'ai donc épousé cet homme si charmant pour le meilleur et pour le pire. Il y a eu des mécontentements dans la famille (même le curé ne voulait pas nous marier car il était un ami de mes parents), mais grâce à cette union j'ai été heureuse et on avons eu sept beaux enfants.


Ma vie a été bien remplie. Féministe comme je suis, j'ai voulu changer le monde des hommes et des femmes. Au tout début, entre dix-huit et vingt ans, je suis dirigeante nationale de tous les collèges classiques de la province de Québec et de toutes les Écoles normales. La meilleure méthode pédagogique était: voir, juger, agir. Par la suite, j'ai été militante bénévole au service des causes idéalistes. Ensuite, j'ai fait partie de la Fédération des femmes. Comme je suis du côté de la vie, de la négociation, de la patience et de la sagesse, j'ai entrepris un voyage de six semaines un peu partout dans le monde.


Après plusieurs engagements sociaux (dont quarante-cinq ans de bénévolat) dans ma vie quotidienne, je suis à bout de souflle. J'ai donc commencé à écrire, mon autobiographie Ma vie comme rivière qui contient quatre tomes. Le 12 novembre 1992, j'ai appris que j'avais le cancer. Mes dernières lignes de mon journal sont ... bon soleil, belle soirée, belle année. Le quatrième tome est terminé. Baisers, cadeaux, triste fin d'année. Le 18 janvier 1993, ma mission se termine. Dans ma chambre, les yeux fixés sur la fenêtre, près de ma rivière…

Sophia Gameiro

Bibliographie

  • MONET-CHATRAND, Simone, Ma vie comme rivière, Tome 2, 4, Montréal, les Édition du Remue-ménage, 1991.


Je suis…
Friedrich Nietzsche (1844-1900)


Je nais en 1844 dans la ville de Rockën en Saxe. Mon père qui exerce les fonctions de pasteur, meurt en 1849, me laissant sans exemple masculin dans une famille composée de ma mère, mes soeurs et mes tantes. Je mène une existence normale et sans histoire. Élève modèle, ma destinée semble être la même que celle de mon père, devenir pasteur. Seulement, dès l'âge de 18 ans, je doute profondément de ma foi et décide de quitter mes études de théologie pour aller étudier la philologie classique à Leipzig en octobre 1865. J'obtiens un poste d'enseignant à Bâle, avant même d'avoir complété mes études. C'est à cette époque que ma vie se façonne et d'une façon que personne n'aurait osé prédire...


En effet, lors d'un voyage à Cologne, je me retrouve par inadvertance dans une maison close. Le mythe raconte que je me suis enfui après avoir plaqué quelques accords sur la seule chose possédant une âme dans l'établissement, le piano ! Cependant, je retourne à plusieurs reprises dans des commerces du même genre, et cette fois-ci, pour les demoiselles... Je me retrouve infecté et contracte la syphilis (le docteur ne m'en avertit cependant pas). C'est aussi à cette époque que je dévore toute l'oeuvre de Schopenhauer, formant ainsi mon esprit et faisant germer toute sortes d'idées dans ma tête... Je m'enrôle dans l'armée prussienne en 1870 suite à un élan de patriotisme. Je le regretterai plus tard ayant passé un mois à l'hôpital suite à une chute de cheval. Je commence à écrire dès 1872 et prends ma retraite de l'enseignement en 1879, étant donné ma santé précaire et mon désintéressement de philologie. Je me plonge dans une solitude rigoureuse et publie pas moins d'un livre par an dès 1886. J'habite plusieurs endroits insolites, retiré dans la nature comme un ermite. Je suis très peu lu et beaucoup de penseurs et de critiques n'adhèrent pas à mes idées, les trouvent trop farfelues ou pratiques, réduisant le cercle des ventes à quelques personnes, dont Wagner, qui fait figure de père pour moi. Cependant, une rupture survient vers 1878 après que j'aie découvert la nature hypocrite et l'énorme ego que Wagner essaie de me cacher pour pouvoir parler de sa " musique de l'avenir " dans différents de mes ouvrages. Je continue de travailler dans la plus complète solitude en 1880, solitude entrecoupée par quelques relations avec les femmes, toutes soldées par l'échec. Pourtant, malgré tous mes efforts, les ventes de mes livres et la propagation de mes idées sont stagnantes, me laissant encore plus meurtri et misérable.


Finalement, je craque... Alors que je me promène dans la rue, j'aperçois un cheval se faisant fouetter par son cocher. Je me jette au cou du cheval, pleurant à chaudes larmes et on me ramène à ma chambre. J'écris plusieurs lettres, dont une révélant mon amour pour la femme de Wagner. Ces événements se déroulent en 1889. Diagnostic: Folie causée par la syphilis et le surmenage. Mon intelligence est complètement éteinte, je me renferme dans un état végétatif et je perds trace de toute ma vie antérieure. Ma mère prend soin de moi jusqu'à sa mort en 1897. À cette date, je ne suis guère plus qu'un meuble, foudroyé quelques fois par des éclairs de lucidité vite dispersés. Mon corps fait lui aussi naufrage en 1900.


Je suis un écrivain prolifique, prenant des notes à tous les jours lors de mes longues promenades en forêt et écrivant au moins un livre par an dès 1886. Mon oeuvre est très diversifiée, se composant de poèmes, d'aphorismes et de critiques, démontrant ma maîtrise de la langue allemande, nuançant subtilement mes idées et utilisant fortement l'ironie et les paradoxes. Mon oeuvre attire l'attention lors de ma mort en 1900.


Mes principaux écrits portent sur le concept principal de toute ma philosophie, celui qui fait tourner le monde, celui qui fait penser et agir les gens, la Volonté de Puissance. Selon moi, peu importe les actions posées par l'homme, il recherche en fait la puissance (puissance sur lui même, les autres, le temps, l'univers, etc...). Toute action contraire à ce caractère le plus " humain " qui soit est donc erronée, et pourtant, ces actions (ou valeurs) sont préconisées par plusieurs religions, dont la religion catholique. Ce qui nous amène au concept du surhomme qui rejette la morale dictée par les autres, ou morale " d'esclaves " pour la remplacer par une morale " de maîtres " ou volonté de pouvoir. Il en résulte un homme instinctif, non pas cognitif, avec des émotions profondes et humaines. Un homme ne se préoccupant pas des autres, individualiste à l'extrême, vivant selon ce qui lui semble juste et non pas comme la majorité l'oblige. Plusieurs hommes se sont approchés du concept de surhomme, entre autres, Jules César, Jésus, Léonard de Vinci, Napoléon Bonaparte et Wagner, bien que je change très radicalement mon opinion sur ce dernier après notre rupture en 1878. Le troisième, et dernier concept principal, celui de l'Éternel recommencement, veut que l'histoire, ou l'évolution, crée les problèmes de ses solutions. En d'autres termes, tant que l'homme ne changera pas sa façon de penser et d'agir, le monde ne sera qu'un éternel recommencement, les idées marginales et nouvelles, seront contrebalancées par les vieux stéréotypes conservateurs. Le monde, est donc comme une balance à deux plateaux, le plateau du changement est quelquefois plus lourd, mais celui du statu-quo s'empresse de le rééquilibrer. Un bon exemple de ceci est d'observer comme les gens idolâtrent l'argent de la même manière qu'ils le faisaient avec Dieu auparavant…


Ces différents concepts sont illustrés dans mes trois livres principaux, Ecce Homo, Ainsi parlait Zaratoustra et La Volonté de Pouvoir. Bien que ce dernier livre ait été corrompu par ma soeur vers la fin de ma vie, il fut purgé de toutes idées contraires à mon idéologie quelque temps après sa première édition.

Jean-François Renaud

Bibliographie

  • STRATHERN, Paul, Nietzsche, Je connais, Paris, Mallard, 1997.


Je suis…
Blaise Pascal (1623-1662)


Je me nomme Blaise Pascal, je suis un philosophe du 17ième siècle. Je suis né à Clermont-Ferrand le 19 juin 1623 en France. Je suis le fils d'Etienne Pascal conseiller de roi, président de la cour des aides de MonFerrand et brillant mathématicien. Ma mère est morte lorsque j'avais trois ans. C'est mon père qui m'élève et m'instruit dans un esprit de rigueur intellectuelle. J'ai deux soeurs, Anthonnia et Gilberte. Chez nous, mon père soutient la rigueur intellectuelle, il n' a donc pas omis de remarquer ma grande curiosité. Pour alimenter mon intellect et ma curiosité naturelle, papa m'amène souvent voir des pièces de théâtre et des expositions de toutes sortes. Comme je peux le voir maintenant, il a aussi remarqué mon intérêt pour les sciences, en particulier les mathématiques et la physique. C' est pourquoi il me permet de le suivre dans les nombreuses assemblées scientifiques auxquelles il assiste. Aussi, mon enfance est remplie de découvertes et d'émerveillement.


Je demeure heureux malgré quelques déficiences physiques et une nature maladive laquelle, va me suivre toute ma vie. Il m'arrive d'avoir des comportements étranges, comme par exemple, la vue de l'eau m'est insupportable. Me voilà maintenant un homme accompli. Au fil des ans et des études, je suis devenu un spécialiste des mathématique et de la physique. Les femmes exercent une grande fascination chez moi, mais le jeu encore plus, grâce aux multiple possibilités qu'il recèle. J'entretiens des relations avec des personnages importants, notamment le Duc de Roanez et sa fille avec laquelle je me suis lié d'amitié. Pendant une nuit de 1654, j'ai eu une illumination divine, ce qui ma poussé à rejoindre les Jansénistes pour combattre les idées des Jésuites. J'ai failli mourir dans un accident de carrosse en 1654. De plus, j' ai échappé à la mort une deuxième fois, suite à une tentative d'assassinat. Malgré tout, je poursuis toujours mes recherches avec autant de ferveur et j'attends paisiblement que la maladie m'emporte vers la mort (19 avril 1662).


Dans mes oeuvres, je suis fasciné par tout, et en particulier par les mathématiques et la physique. Tout au long de ma vie, vous pouvez voir cette passion dans mes divers travaux et inventions. À l'âge de 11 an, j'ai produit mon premier travail, c'était un traité sur les sons. Un ans plus tard, à 12 ans, j'ai démontré la 321ème proposition du livre d'Euclide, un brillant géomètre du temps de la Grèce antique. Par la suite, j'ai écrit un Essai sur les coniques inspiré des travaux de Desargue. En 1642, je me suis présenté devant la reine Christine de Suède avec ma machine arithmétique en lui disant: " Cet ouvrage, Madame, est une machine pour faire les règles d'arithmétique sans plume et sans jetons. " Par la suite, j'ai fait quelques études qui portaient sur l'hydrostatique et l'étude de la pression atmosphérique, suite aux découvertes et aux travaux de Torricelli. Poursuivant sur ma lancée, j'ai développé quelques théories avec l'aide de mon bon ami Fermat, lesquelles vont jeter les bases du calcul des probabilités. Finalement, ma dernière création est plutôt étrange. J'ai conçu un carrosse à 5 sols qui pourrait contenir plusieurs personnes à la fois, bizarre, mais utile..., une sorte de transport en commun avant l'heure !!


Je commence à rassembler certaines de mes théories inachevées, de mes travaux et pensées que je veux mettre dans un livre: " Les pensées " . Dans ce mini trésor vous pourrez y lire des sujet tels que mes réflexions sur l'esprit et le style, la justice et la raison, de même que sur les philosophes. Il comportera aussi des sujets tels la foi et le christianisme (Les fondements de l'Église chrétienne, les prophéties, les preuves de l'existence de Jésus-Christ) Bien sûr, ce ne sont là que quelques sujets qui font partie de cet ouvrage. Mais je crois bien vous donnez ainsi un petit aperçu de mes oeuvres.

Denis Fontaine

Bibliographie

  • GIRAUD, Victor. Oeuvres choisies, Paris, Ratier, 1947. MESNARD, Jean. Connaissance des lettres, Paris, 1962.
  • BÉGUIN, Albert. Pascal par lui-même, Paris, seuil, 1967.
  • LEGUERN, Marie-Rose et Michel. Les pensées, Paris, Larousse, 1972.
  • LUPIN, José. Les provinciales, Paris, Gallimard, 1966.
  • CRAIGNE, Louis. Conversion célèbre, Belgique, Wesmel-charlier, 1962.
  • PONTET, Maurice. Pascalet Teilhard, Paris, Desclée de Brower,1968.


Je suis…
Lise Payette (1931-   )


Appelez-moi Lise... Vous vous souvenez ?
C'est le titre d'une émission que j'ai animé durant plusieurs années à la télévision de Radio-Canada. Attention je ne suis pas si vieille que cela, je ne suis pas encore décédée... Qui suis-je? Je suis Lise Payette, et suis née le 29 août 1931 dans le quartier St-Henri à Montréal. J'ai fait mes études au pensionnat Sainte-Angèle de Montréal en Lettres et Sciences. À l'âge de 17 ans, j'ai rencontré Jacques Payette que j'épouse trois ans plus tard. À 21 ans, j'ai mon première enfant, mon mari Jacques et moi l'avons nommé Daniel. Deux ans plus tard, le 7 janvier 1954, je donne naissance à Dominique, notre première petite fille. La dernière se nomme Sylvie, née le 30 juin.


Ma vie bascule lorsque je passe du rôle d'animatrice de télévision à celui de députée du Parti Québécois en 1976. En effet, je suis élue comme député du Parti Québécois le15 novembre dans le comté de Dorion. De 1976 à 1981, je suis nommée à différents ministères, comme celui du Développement social, de la Condition féminine et des Consommateurs. En 1978, j'ai instauré la loi de l'assurance automobile. Je suis nommée femme de l'année par l'Association des femmes en communication du Canada en 1994. Je reçois le Prix du salon des Femmes de Carrières et le Prix Florence-Bird du Centre international des droits de la personne et du développement en 1997.


Je continue mon engagement d'une manière plus discrète mais tout aussi efficace: J'écris des romans et des téléromans. J'ai porté, tous les chapeaux que les critiques écrites et télévisuelles m'ont attribués. Malgré ces remarques souvent sévères et peu élogieuses, mes téléromans ont remporté de grands succès auprès des téléspectateurs et des téléspectatrices québécoises. J'ai su faire rire, rêver et pleurer. Vous avez sûrement déjà vu l'une de mes oeuvres à la télévision? Chacun et chacune peut se reconnaître dans mes personnages. Je crois que je sais décrire la vie avec ses bons et ses mauvais côtés. La Bonne Aventure est un bel exemple d'un succès des années 1980. Ce téléroman hebdomadaire tient en haleine les Québécois et Québécoises tous les lundis soirs. Jean-Paul Belleau, le principal personnage masculin, a été l'homme le plus aimé et le plus détesté par bien des femmes !!


Les relations Hommes/Femmes ont toujours été et sont toujours le point de départ de mes écrits. La condition féminine me préoccupe au plus haut point. Je crois sincèrement avoir fait progresser l'homme et la femme, tant par mes écrits que par mon implication en politique. Comme je l'ai toujours fait, je veux continuer à utiliser tous les médias possibles pour faire avancer la cause. Mes publications telles que: Recette pour homme libre (1971), Gabrielle Provencher, suffragette (1990), Des femmes d'honneur: une vie privée (1931-1968), Des femmes d'honneur: une vie publique (1968-1976), Des femmes d'honneur: une vie engagée (1976-2000) ne sont que le début d'une longue série de romans que je veux dédier aux lecteurs et lectrices du Québec et à mes petits enfants. Une de mes dernières conférences au Québec: Le chemin de l'égalité (1991) au Musée de la civilisation du Québec, m'a permis un contact direct avec le public.


J'espère pouvoir renouveler l'expérience car, les relations humaines me passionnent toujours.

Marilou Bureau

Bibliographie

  • PAYETTE, Lise. Le pouvoir connais pas, Québec/Amérique,1992.
  • PAYETTE, Lise. Des femmes d'honneur: une vie privée, Montréal, libre expression, 1968.
  • PAYETTE, Lise. Des femmes d'honneur: une vie engagée, Montréal, libre expression,1976.
  • PAYETTE, Lise. Des femmes d'honneur: une vie publique, Montréal, libre expression, 1976.


Je suis…
Maria-Eva Duarte de Peron(1919-1952)


Buenos Aires, 26 juillet 1952

L'annonce officielle de la mort d'Évita place les Argentins devant le fait irrémédiable: tous les travailleurs ont le pressentiment qu'une page de leur lutte vient d'être tournée. Les déshérités devinent que les pauvres seront encore plus pauvres. À 19h40, Évita pousse son dernier soupir et remet son âme aux mains du peuple.


Je voulais que le nom d'Évita se grave à jamais dans l'histoire de ma patrie et dans le coeur du peuple. J'ai réussi cette union vivante. Évita... Comment ce nom est-il venu? Remontons un peu le temps...Je suis Maria-Eva Duarte et je suis née le 7 mai 1919 à Los Toldos, un petit village situé dans la " Pampa ", plaine d'Argentine. Je suis une enfant illégitime. Ma mère, Juana Ibaguren, est cuisinière au domaine de Juan Duarte, mon père, un homme politique reconnu pour ses élections frauduleuses. Il nous abandonne suite à l'insistance de son épouse. Il reconnaît cependant sa paternité.


Je suis donc élevée uniquement par ma mère et par mon frère et ma soeur. À l'école, je n'ai pas d'amis simplement parce que je suis bâtarde. J'ai seulement ma soeur, Erminda, à qui je récite des poèmes de ma composition. Je suis rejetée par mon entourage à cause de ma laideur. Nous sommes extrêmement pauvres, mais Juana nous enseigne à l'ignorer, Ma mère se tue à l'ouvrage jour après jour pour être en mesure de nous nourrir et d'assurer notre survie.


À 15 ans, je quitte la maison familiale pour me rendre à Buenos Aires afin de devenir une vedette théâtrale. C'est ce rêve un peu fou qui me permet d'oublier que tous se moquent de moi. Je frappe à toutes les portes qui se referment sur moi les unes après les autres. Je vis dans la misère en jouant des rôles muets ici et là. Je m'humilie aux studios d'Anne-Marie Heimich, la célèbre photographe, à cause de ma trop petite taille.


La chance me sourit et j'obtiens quelques rôles plus importants. En 1939, je fais la couverture de la revue " Atena " et mes rôles se multiplient. Je commence à faire de la radio et je pars en tournée avec une troupe très réputée. En 1940, je dirige ma propre compagnie de radio-théâtre et j'engage de jeunes talents prometteurs. J'assiste à plusieurs cocktails, dîners et réceptions qui réunissent plusieurs grands noms du milieu artistique.


On reconnaît ma voix à la radio et mon visage dans les rues. Mon frère me fait signer un des contrats les plus importants de ma vie: jouer en exclusivité pour tous les feuilletons radiophoniques pendant cinq ans. Je fréquente le conseil militaire où je fais la connaissance du colonel Juan Peron, de qui je tombe follement amoureuse. Mon amant est nommé vice-président, et en 1945, nous nous marions discrètement. Il est nommé président par la suite et ses discours, tout comme mes idées politiques, enflamment le peuple.


Avec mon mari, je suis alliée des femmes et j'instaure leur droit de vote. Je mets aussi sur pied une charte des droits et libertés afin que nous soyons égales à l'homme. Je forme un syndicat dans ma propre compagnie afin d'améliorer les conditions de travail. Juan et moi portons secours aux pauvres avec les soupes populaires. Nous formons la Confédération générale des travailleurs qui me nomme Évita. En 1948, je fonde la première école pour infirmière en Argentine. J'ouvre également plusieurs foyers pour filles-mères démunies et j'assure une formation gratuite aux femmes. Le 19 juin 1948, ma propre fondation est mise sur pied afin de perpétuer mon oeuvre. J'instaure la pension de vieillesse grâce à la proclamation des droits de la vieillesse.


Nous faisons construire plusieurs hôpitaux, mais malheureusement ma santé se dégrade. Je suis atteinte de leucémie ce qui ralentit mes activités. Pendant mes long moments de réflexion, je commence l'écriture de mon premier livre; La raison de ma vie, qui est imprimé à 300 000 exemplaires et distribué partout en Argentine. Le 26 juillet 1952, je laisse mon souvenir entre les mains du peuple.


Dieu me donne aussi, en plus de toutes les bontés que j'ai reçues, des funérailles nationales. Pendant quinze jours, le peuple prie pour le repos de mon âme et dépose des fleurs sous mon balcon et au bas de ma porte. Des chandelles sont allumées chaque soir pour représenter mon oeuvre. Malheureusement, plusieurs mois après ma mort, c'est le déclin de l'empire péroniste et on ordonne au peuple d'oublier tout ce qui s'y rapporte. Pourtant, encore aujourd'hui, les gens se rappellent Evita et du contrat que j'ai signé avec mon peuple.

Marie-Hélène Métivier

Bibliographie

  • LEGRAND, Jacques, Evita, chronique de l'histoire, France, Chronique, 1997.
  • MONTREYNAUD, Florence, Le 20ème siècle des femmes, Paris, Nathan, 1989.